Le Fléau de l’Économie Souterraine en Israël
Évaluation de la richesse noire
La taille de l’économie souterraine en Israël et dans le monde reste incertaine. Selon les estimations, la part de l’économie noire en Israël pourrait représenter entre 12% et 21% du PIB, avec une évaluation par l’OCDE indiquant que la richesse noire en Israël s’élève à environ 300 milliards de shekels, soit 20% du produit intérieur brut (PIB). Un responsable de l’Autorité fiscale souligne que même les estimations les plus basses traduisent des milliards de shekels non déclarés au fisc.
Lutte contre l’argent liquide
La question de l’argent liquide revient sur le devant de la scène : l’État parviendra-t-il cette fois à assécher l’économie noire ? En Scandinavie, certains pays prennent du recul par rapport à l’objectif d’une « société sans espèces ». L’Autorité fiscale d’Israël a compris depuis longtemps que la lutte contre la richesse noire doit se faire par la prévention plutôt que par la chasse dans les méandres de l’économie souterraine.
L’un des projets phares de cette approche est le programme « Factures pour Israël », conçu pour réduire l’utilisation des factures fictives, un fléau national. Les estimations indiquent que des milliards de shekels sont dissimulés chaque année grâce à cette méthode, facile à mettre en œuvre mais difficile à détecter. Ce programme vise à mettre fin à cette pratique, stipulant que les professionnels sans numéro d’allocation ne peuvent pas déduire la TVA ni soumettre la facture comme dépense vérifiable dans leur déclaration de revenus.
Impact du programme « Factures pour Israël »
Dévoilé pour la première fois par Globes en février 2020, le programme « Factures pour Israël » avait d’abord suscité des résistances, certains craignant qu’il complique les transactions économiques. Son lancement a été retardé à cause de la guerre « Épées de fer ». En mai de l’année dernière, un projet pilote a été lancé, permettant à l’Autorité fiscale de recevoir des rapports en temps réel des entreprises tout en émettant des numéros d’allocation pour toutes les factures, même celles suspectées d’être fictives.
Le projet pilote s’est terminé fin 2024, et depuis, l’Autorité fiscale a empêché de nombreuses transactions frauduleuses, totalisant des centaines de millions de shekels. D’après l’Autorité fiscale, le montant des transactions révélées dans le cadre du programme a atteint environ 16 milliards de shekels, incluant l’annulation de factures fictives et les impôts supplémentaires qui ont été récupérés.
Réactions face à la criminalité économique
La répression de l’économie souterraine a provoqué des réactions parmi les réseaux criminels. Recent, le directeur de l’Autorité fiscale, Shai Aharonovich, a reçu une lettre anonyme contenant des menaces à son encontre, liées à son combat contre la criminalité économique. Des forces de sécurité, telles que le Shin Bet et l’Unité de la polstart spéciale, enquêtent sur ces menaces, qui semblent provenir d’organisations criminelles dans le secteur arabe.
Régulations sur l’argent liquide
Parallèlement, dans le cadre d’une approche préventive, une loi a été instituée pour réduire l’utilisation des espèces, entrée en vigueur en janvier 2019, malgré de nombreuses contestations. Cette législation fixe une limite sur les paiements en espèces afin de modifier les habitudes de consommation et d’encourager les paiements numériques. Des études montrent que l’utilisation de l’argent liquide favorise l’économie noire et la criminalité.
Actuellement, le plafond est de 6,000 shekels pour les transactions commerciales et de 15,000 shekels pour les transactions entre particuliers. Les données de la première année d’application en 2019 font état de 2,200 infractions pour un montant total de 55 millions de shekels, affichant un taux de conformité de 89%. En 2024, 2,276 amendes ont été infligées pour un total de 45 millions de shekels, et les contrevenants ont acquitté 22,4 millions de shekels.
Proposition de limitation supplémentaire
Le projet de loi visant à limiter la détention d’espèces à 200,000 shekels fait également l’objet de vives contestations. Des critiques avancent qu’il pourrait être anticonstitutionnel ou qu’il restreint la liberté économique. Cependant, l’ancien directeur de l’Autorité fiscale, Eran Yaakov, souligne qu’il n’est pas normal qu’un citoyen détienne autant d’argent liquide, et que le seuil proposé est suffisamment élevé pour permettre aux personnes âgées de réaliser des achats en espèces tout en équilibrant leur liberté et le risque que représente l’argent liquide pour la criminalité.
Cette initiative, malgré son caractère radical, est jugée essentielle pour combattre l’économie souterraine en Israël.